Accroché aux pentes qui dominent la ville, Cardo regarde Bastia d’en haut. L’ordre paraît naturel aujourd’hui, il est pourtant inversé : c’est le village qui était là le premier, et le rivage qui dépendait de lui.
Contexte historique
La logique d’occupation de la Corse a longtemps été celle de la hauteur. On bâtissait à l’écart du littoral, pour trois raisons qui se cumulent : la crainte des incursions barbaresques, l’insalubrité des terres basses, et la présence de l’eau et des terres cultivables sur les pentes. Le bord de mer n’était pas un lieu de vie, c’était un lieu de passage.
Cardo appartient à cette géographie ancienne. Village de versant, il domine l’anse où les barques se tiraient au sec, et c’est de lui que ce mouillage relevait. On parlait alors du port de Cardo : le rivage était une dépendance du village, pas l’inverse.
Le renversement de 1380
La construction de la bastille génoise sur l’éperon rocheux, en 1380, inverse la hiérarchie en quelques générations. Le bourg qui naît au pied de l’ouvrage attire le commerce, l’administration et la population. Bastia devient une ville, puis la capitale de l’île ; Cardo reste un village.
Le mouvement s’achève au XXe siècle : l’exode rural vide les villages de l’intérieur au profit du littoral, et Cardo, longtemps commune distincte, est rattaché à Bastia dont il devient un quartier. La ville a absorbé celui dont elle dépendait.
À voir sur place
- La vue sur la ville et la mer
De là-haut, tout le site de Bastia se lit d’un coup : l’étroitesse de la bande côtière, l’éperon de la citadelle, l’ouverture de la plaine au sud. C’est le meilleur endroit pour comprendre pourquoi la ville a la forme qu’elle a. - Le tissu du village
Maisons de pierre serrées le long de ruelles en pente, orientées par le relief et non par un plan. Comparez avec les grands ensembles de Lupino : deux façons de bâtir séparées par des siècles. - Les traces de culture en terrasses
Sur les versants, les murs de soutenement et les restanques signalent une agriculture disparue. Ils se devinent encore sous la reprise du maquis. - La montée elle-même
Faites le trajet à pied si vous le pouvez. Le dénivelé est l’information principale : il explique l’autonomie ancienne du village autant que son déclin.
Situer le lieu
Sur les hauteurs à l’ouest du centre-ville, accessible par la route qui monte depuis le quartier Saint-Joseph. Comptez une bonne montée à pied depuis la place Saint-Nicolas.
Poursuivre à côté
- Le Vieux-Port, l’anse qui portait autrefois son nom.
- La Citadelle, l’ouvrage de 1380 qui a renversé la hiérarchie.