Une artère commerçante de Terra Vecchia, bordée de façades hautes, de boutiques et de cafés. Rien n’y signale l’homme dont elle porte le nom, ni qu’il fut élu ici même, ni qu’il compta parmi les rares parlementaires à refuser l’armistice de 1940.
Contexte historique
L’avocat
Né à Calcatoggio en 1882, César Campinchi étudie le droit à Paris et prête serment au barreau en 1907. Il y fait une carrière remarquée : secrétaire de la Conférence du stage, chroniqueur judiciaire, membre du Conseil de l’Ordre à la fin des années 1920. Bien que réformé, il part à la guerre en 1914 ; il est blessé à Notre-Dame de Lorette et combat à Verdun.
Le député de Bastia
C’est ici que se joue le lien avec la ville. Radical-socialiste, Campinchi enlève en 1932 la circonscription de Bastia au député sortant Henri Pierangeli, et il est réélu en 1936. La rue ne commémore donc pas un Corse abstrait : elle commémore celui que Bastia avait choisi d’envoyer siéger.
Dès 1933, il dénonce publiquement la barbarie du régime hitlérien et l’idéologie de la race pure, à une époque où cette lucidité n’est pas majoritaire.
Le ministre
Il devient ministre de la Marine le 22 juin 1937 dans le gouvernement Chautemps, passe brièvement à la Justice de janvier à mars 1938, puis revient à la Marine militaire jusqu’au 16 juin 1940, sous Blum, Daladier puis Reynaud. À ce poste, il conduit un vaste programme de réarmement naval : les cuirassés Richelieu et Jean Bart sont mis sur cale sous son autorité.
Garde des Sceaux, il porte une proposition de loi faisant prévaloir l’éducation sur la répression pour les mineurs délinquants. Elle n’aboutira pas de son vivant : c’est son épouse Hélène Landry, avocate, qui présidera la commission menant à l’ordonnance du 2 février 1945 sur l’enfance délinquante.
Le Massilia
Opposé à l’armistice, partisan de poursuivre la guerre depuis l’Afrique du Nord, il s’embarque le 16 juin 1940 sur le Massilia avec une poignée de parlementaires, dont Georges Mandel. À l’arrivée, Vichy les fait arrêter. Campinchi est assigné à résidence à Casablanca, puis à Alger, enfin à Marseille, où il meurt le 22 février 1941, déchu de son mandat.
Sa mort prématurée prive la Résistance insulaire d’une figure de premier plan. La rue reçoit son nom après la guerre : c’est une réhabilitation autant qu’un hommage.
À voir sur place
- L’absence de tout signe
Cherchez une plaque explicative, un buste, une mention : il n’y en a pas. La rue porte un nom que presque personne ne sait plus lire. C’est le sujet même de ce site. - Les devantures
Quelques commerces ont conservé leurs bois peints et leurs lettrages anciens, sous des enseignes refaites. Levez les yeux au-dessus des vitrines. - Le tissu de Terra Vecchia
Façades hautes sur parcelles étroites, rue étroite et rectiligne. Comparez avec le boulevard Paoli, tracé d’un coup au XIXe siècle. - La date du baptême
Le nom est d’après-guerre. Cherchez, dans les rues voisines, les autres toponymes de la même vague : ils dessinent la mémoire que la ville a choisi de retenir en 1945.
Situer le lieu
Dans Terra Vecchia, à quelques pas de la place du Marché et du Vieux-Port. Rue commerçante, animée en journée.
Poursuivre à côté
- Boulevard Paoli, l’autre nom politique de Bastia.
- Rue Napoléon, la commémoration impériale du XIXe siècle.
- Place du Marché, le nom que fait l’usage.