Rues et places de Bastia

Origine du nom

La rue porte le nom de Salvatore Viale (Bastia, 1787 - Bastia, 1861), écrivain, poète et magistrat, premier auteur à employer la langue corse dans une œuvre littéraire d'importance, la Dionomachia, en 1817. C'est une commémoration culturelle, catégorie rare dans la toponymie bastiaise, où dominent les saints, les familles riveraines et les figures politiques. Elle honore un homme dont l'œuvre est écrite en italien, dans une ville devenue française : le nom porte donc, sans le dire, toute l'ambiguïté linguistique de la Corse du XIXe siècle. Viale est né et mort à Bastia, et y a fait toute sa carrière judiciaire. Contrairement à Campinchi ou Paoli, le lien avec la ville n'est ni électoral ni symbolique : il est natal. Éponyme : Salvatore Viale (1787-1861) Type de nom : commémoration culturelle Lien avec Bastia : né, mort et en poste dans la ville Œuvre : la Dionomachia, 1817, cinq rééditions au XIXe siècle Ascendance : famille génoise de Terra Vecchia Nom corse : à confirmer Nom antérieur : à rechercher

Une rue discrète du centre, à deux pas de la bibliothèque et du théâtre. Elle porte le nom de l’homme qui, le premier, a fait entrer le corse en littérature. Et qui, toute sa vie, a défendu l’italien comme langue de culture de l’île.

Contexte historique

Une famille de Terra Vecchia

Salvatore Viale naît à Bastia le 6 septembre 1787, dans une famille de commerçants aisés de Terra Vecchia, d’ascendance génoise. Le détail n’est pas anodin : l’un de ses ancêtres, Benedetto Viale, fut gouverneur de la Corse pour la République de Gênes. La rue honore donc une lignée attachée à la ville depuis le palais qui la dominait.

Son père siège au conseil municipal ; son oncle, Tommaso Prelà, est médecin du pape Pie VII et exercera sur lui une influence durable. C’est à Rome qu’on l’envoie étudier, puis à Pise, où il obtient son diplôme d’avocat.

Le magistrat

Il rentre en Corse en 1816, nommé substitut du procureur près le tribunal correctionnel de Bastia. Juge d’instruction en 1819, conseiller à la cour d’appel en 1826, il fera toute sa carrière dans la ville.

Cette activité judiciaire nourrit son œuvre. Il consacre une grande part de ses écrits à la vendetta, qu’il observe depuis le prétoire, et à la littérature populaire corse, qu’il recueille et étudie à une époque où personne ne la juge digne d’attention.

La Dionomachia

En 1817 paraît la Dionomachia, long poème héroï-comique écrit dans la veine de la Secchia rapita de Tassoni, celle-là même dont Boileau s’inspira pour Le Lutrin. Le texte est en italien, mais il y insère des vers en corse : c’est la première fois que la langue entre dans une œuvre littéraire d’importance.

Le poème est remarqué par Stendhal et par Lamartine, dont Viale devient l’ami. Il connaîtra cinq rééditions au cours du siècle.

Le paradoxe

Viale n’est pas un militant de la langue corse au sens où on l’entendrait aujourd’hui. Libéral, il œuvre à la reconnaissance des traditions populaires de l’île, mais il défend simultanément l’italien comme langue de culture historique de la Corse, contre l’installation du français.

Cette position, contradictoire pour un lecteur d’aujourd’hui, est parfaitement cohérente pour un Bastiais de 1830 : le corse est la langue qu’on parle, l’italien celle qu’on écrit, et le français celle qu’impose une administration récente. Il meurt à Bastia le 23 novembre 1861.

À voir sur place

  • La proximité de la bibliothèque
    La bibliothèque municipale est à cent mètres, place du Théâtre. Son fonds patrimonial porte le nom de Tommaso Prelà, l’oncle de Viale : deux générations d’une même famille inscrites dans le même quartier.
  • Les plaques bilingües
    Regardez celle de la rue elle-même, puis celles des rues voisines. Le principe du français doublé du corse est exactement ce que Viale n’aurait pas conçu ainsi : pour lui, le second registre eût été l’italien.
  • L’échelle de la rue
    Étroite, sans monument, sans commerce emblématique. La ville a donné à son premier écrivain une voie modeste, là où elle a donné un boulevard à Paoli.
  • Le voisinage du théâtre
    Bastia entretenait un goût prononcé pour l’opéra italien. La rue d’un écrivain de langue italienne à côté du théâtre n’est probablement pas un hasard de plan.

Situer le lieu

Dans le centre-ville, entre le boulevard Paoli et la place du Théâtre. Rue de plain-pied, courte.

Poursuivre à côté

Coordonnées

42.6979 N   9.4485 E

Ouvrir dans OpenStreetMap

Sources

Larousse, notice Salvatore Viale Orlandini (dir.), Scritti in verso e in prosa di Salvatore Viale, Florence, 1861 Gherardi, Esprit corse et romantisme, Albiana, 2004 Fonds patrimonial Tommaso Prelà, médiathèque de Bastia DIVERGENCE DE SOURCES : les études romaines de Viale sont dites de droit par Larousse, de médecine par d'autres notices. À trancher. À COMPLETER : délibération de baptême et date ; nom antérieur de la rue ; forme corse

À vérifier. Les dates et attributions de cette fiche n’ont pas encore été recoupées avec les fonds d’archives.