Une rue ordinaire du sud de la ville, sans monument ni façade remarquable. Elle porte le nom d’un enfant de Bastia devenu l’une des grandes voix européennes de son siècle, et mort presque sans rien.
Contexte historique
Saint-Joseph, 1888
César Vezzani naît à Bastia le 8 août 1888, dans le quartier Saint-Joseph. Son père meurt peu avant sa naissance. La famille quitte l’île pour Toulon peu après 1900, et l’on ne sait presque rien de sa formation musicale des premières années.
En 1908, il monte à Paris pour étudier le chant. Il y est formé par la soprano corse Agnès Borgo. Il débute sur scène à vingt-trois ans, et le succès est immédiat.
La voix
Vezzani devient l’un des interprètes majeurs du grand opéra français pendant plusieurs décennies. La puissance et la couleur héroïque de son timbre le désignent pour les rôles lourds, sans qu’il abandonne jamais le répertoire lyrique.
Dès 1912, la firme Odéon grave sa voix : des extraits de Paillasse, de Tosca, de Werther. Ces enregistrements existent toujours, et c’est par eux que l’on peut encore l’entendre. Il chante à l’Opéra-Comique, mais jamais à l’Opéra de Paris.
La chute
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il passe du temps en Afrique du Nord et chante fréquemment à Alger. Il reste ténor principal à Toulon jusqu’en 1948, où un accident vasculaire cérébral le laisse paralysé.
Il rentre à Bastia. Sans revenu, il passe ses trois dernières années dans la pauvreté, aidé par la générosité de quelques amis. Il meurt à l’hôpital de Marseille le 11 novembre 1951 et repose à Bastia.
Sa tombe était restée modeste, dans une contre-allée du cimetière. En 2013, une souscription lancée par le Cercle lyrique bastiais lui offre une sépulture de marbre noir aux lettres d’or, dans l’allée principale. Soixante-deux ans après sa mort, la ville répare quelque chose.
À voir sur place
- La plaque bilingüe
Elle porte Carrughju Vezzani. Le prénom disparaît dans la version corse : l’usage local n’a jamais eu besoin de préciser lequel des Vezzani. - La statue, ailleurs
Elle ne se trouve pas ici mais rue César Campinchi, en plein centre. Deux hommages à deux endroits différents, et aucun des deux ne renvoie à l’autre. - L’écart entre le nom et le lieu
Une voie modeste du sud pour une voix qui remplissait les salles d’Europe. Comparez avec le boulevard donné à Paoli : la hiérarchie des rues dit celle des mémoires. - Le cimetière
Sa sépulture de 2013 se trouve au milieu de l’allée principale, marbre noir et lettres d’or. Elle vaut le détour pour ce qu’elle dit d’une réparation tardive.
Situer le lieu
Dans le sud de la ville, à l’écart des circuits du centre. Vingt-quatre adresses y sont recensées.
Poursuivre à côté
- Rue César Campinchi, où se dresse sa statue.
- Rue Salvatore Viale, l’autre nom d’artiste de la toponymie bastiaise.
- Place Guasco, près du théâtre, pour le goût bastiais de l’opéra.