Elle débouche sur la place Saint-Nicolas, et ce n’est pas un hasard de plan : l’avenue porte le nom d’un homme qui fut maire de Bastia pendant dix-huit ans, et qui est mort en fonction.
Contexte historique
Le médecin
Émile Sari naît à Bastia le 27 octobre 1876. Il devient médecin oto-rhino-laryngologiste et exerce à Nice. Comme beaucoup de notables insulaires de sa génération, il fait carrière sur le continent tout en gardant un pied dans la vie politique de sa ville.
Il entre au conseil municipal de Bastia dès 1906, puis devient conseiller général en 1912, où il succède à son oncle. La transmission familiale du mandat est, à cette époque et dans cette île, une pratique ordinaire.
Dix-huit ans de mairie
De 1919 à 1937, Émile Sari est maire de Bastia. Il cumule avec un siège de sénateur de la Corse à partir de 1921, et intervient régulièrement au Palais du Luxembourg sur les questions budgétaires.
On lui doit la loi Sari, qui rétablit les fonctionnaires mobilisés pendant la Première Guerre mondiale dans leurs avantages de carrière. Un texte technique, sans éclat, mais qui concerne des dizaines de milliers d’hommes revenus du front avec quatre ans de retard sur leurs collègues restés en poste.
Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1933, et meurt à Bastia le 9 juin 1937, sans avoir quitté ses fonctions.
Un nœud de la vie politique bastiaise
Sari est un fidèle d’Adolphe Landry, figure dominante de la politique corse de l’entre-deux-guerres. Le détail éclaire une autre fiche de ce site : César Campinchi, élu député de Bastia en 1932, avait épousé Hélène Landry, la fille du même homme. Les deux rues appartiennent au même réseau.
Gendre d’Auguste Gaudin, Sari est par ailleurs le beau-père de Jean Zuccarelli. Le nom ouvre une lignée qui pèsera sur Bastia jusqu’à la fin du XXe siècle. Nommer cette avenue, c’était donc moins honorer un homme qu’ancrer une famille.
À voir sur place
- Le débouché sur Saint-Nicolas
Placez-vous à l’angle et regardez l’avenue depuis la place. Donner à un maire la voie qui arrive sur l’esplanade civique n’est pas une attribution au hasard. - Les commerces de proximité
Merceries, boulangeries, cabinets, boutiques de quartier. C’est une avenue qui travaille, pas une vitrine : le contraste avec le boulevard Paoli, tout proche, se voit à l’œil nu. - Les façades
Ordonnancement du début du XXe siècle, balcons en fonte, persiennes. Cherchez les dates gravées au-dessus des porches. - L’absence de mention
Rien n’indique sur place qui était Émile Sari, ni qu’il fut maire dix-huit ans. Comme pour Campinchi, le nom subsiste et la mémoire s’est effacée.
Situer le lieu
Au nord de la place Saint-Nicolas, dans le prolongement du front de mer. Avenue commerçante, de plain-pied.
Poursuivre à côté
- Place Saint-Nicolas, sur laquelle l’avenue débouche.
- Rue César Campinchi, l’autre nom du même réseau politique.
- Boulevard Paoli, pour comparer deux façons d’honorer.