Ce boulevard a porté trois noms en deux siècles. Peu de voies bastiaises racontent aussi bien comment une ville change d’époque : d’abord royale, puis religieuse, enfin républicaine.
Contexte historique
Trois noms, trois régimes
Au début du XIXe siècle, la voie s’appelle la Traverse royale. Le nom dit sa fonction, une traverse, et son autorité de tutelle, la monarchie.
Elle devient ensuite le boulevard Sant’Angelo, à mesure qu’elle se transforme en artère commerçante. Le nom change de registre : on passe du pouvoir au saint, et de la traverse au boulevard.
En 1920, huit ans après la mort d’Auguste Gaudin, la municipalité lui donne son nom. Troisième registre : la commémoration républicaine. Ce sont trois façons successives de nommer une même rue, et rien sur place ne les signale.
L’homme
Antoine Jean Auguste Dominique Ubaldo Gaudin, dit Auguste Gaudin, naît à Bastia le 4 août 1848. Il dirige d’abord un journal : en 1871, avec son frère Albert, il fonde La Corse, qui paraîtra jusqu’en 1877.
Conseiller général pour le canton de Terra Vecchia, il devient maire de Bastia en 1888 et le reste jusqu’à sa mort, en 1912. Vingt-quatre ans, soit le plus long mandat municipal que la ville ait connu à cette époque.
Une chaine de maires
Gaudin est le beau-père d’Émile Sari, qui sera maire de 1919 à 1937 et dont l’avenue débouche sur la place Saint-Nicolas. Sari est lui-même le beau-père de Jean Zuccarelli, dont la famille pèsera sur la ville jusqu’à la fin du siècle.
Trois générations, liées par mariage, à la tête ou au cœur de la vie municipale. La toponymie bastiaise enregistre cette continuité sans jamais la nommer : deux voies portent deux noms de cette chaîne, et aucune n’indique qu’ils étaient de la même famille.
Splendeur, oubli, retour
Le boulevard connaît une période faste au début du XXe siècle. Puis l’ouverture du tunnel sous le Vieux-Port, en 1983, le transforme en artère de transit entre la Citadelle et le palais de justice. Les voitures passent, les commerces ferment.
Des travaux récents ont inversé le mouvement : ravalement des façades, suppression du stationnement pour élargir des trottoirs devenus trop étroits, création de parkings. Des commerces rouvrent. Une exposition consacrée à son histoire s’est tenue au centre culturel Alb’Oru.
À voir sur place
- Les façades ravalees
Le ravalement a fait réapparaître des décors du début du siècle. Cherchez les dates gravées et les lettrages anciens au-dessus des devantures refaites. - La largeur des trottoirs
Regardez où ils ont été élargis, et où ils ne l’ont pas été. La différence raconte quarante ans de priorité donnée à l’automobile. - La fonction de passerelle
Le boulevard relie la Citadelle au palais de justice. Parcourez-le dans les deux sens : c’est un lieu de passage avant d’être un lieu de séjour, et cela se sent. - Aucune trace des noms précédents
Ni Traverse royale, ni Sant’Angelo n’ont laissé de marque. Deux siècles de toponymie effacés par une plaque.
Situer le lieu
Entre la Citadelle et le palais de justice, au-dessus du Vieux-Port. Voie commerçante et passante.
Poursuivre à côté
- Avenue Émile Sari, son gendre et successeur à la mairie.
- La Citadelle, à laquelle le boulevard donne accès.
- Le Vieux-Port, qu’il surplombe.