Un opéra à l’italienne au cœur du centre-ville, fermé pour travaux en 1939 et rouvert en 1981. Quarante-deux ans de silence, dont trente-huit qu’aucun programme de rénovation n’avait prévus.
Contexte historique
Quarante ans de projets avortés
Bastia disposait déjà d’un théâtre, mais vétuste et dangereux. Dès 1835, la municipalité confie un projet de reconstruction à deux architectes bastiais, Antoine Sisco et Louis Guasco. Le préfet le juge trop ambitieux et refuse.
Suit une longue série d’échecs : une initiative privée en 1839, un plan d’urbanisme prévoyant la démolition en 1843, un autre prévoyant démolition et reconstruction en 1846. Aucun n’aboutit. Pendant ce temps, les représentations continuent dans un bâtiment chaque année plus délabré.
Le théâtre d’Andrea Scala
L’édifice actuel est l’œuvre de l’architecte italien Andrea Scala. Trois corps de bâtiments, et une salle d’opéra conçue comme un dérivé de la Scala de Milan. Le choix d’un architecte italien pour une ville française depuis un siècle en dit long sur les affinités culturelles de Bastia.
Le théâtre devient le poumon culturel de toute la Corse. Le goût bastiais pour l’opéra italien, singulier dans le paysage français, trouve ici sa scène.
1939, puis 1943
En 1939, l’édifice montre des signes de délabrement. Le maire Hyacinthe de Montera le fait fermer pour lui rendre son éclat. Personne ne se doute qu’il vient de vivre ses dernières heures.
En septembre 1943, la campagne de libération de la Corse s’achève par la bataille de Bastia. Les 22 septembre et 4 octobre, les bombardements, dont certains alliés menés par l’aviation américaine, ravagent la ville. Ils tuent de nombreux Bastiais et provoquent l’effondrement de la toiture de la grande salle, entraînant une partie du bâtiment.
Bastia est libérée le 4 octobre, et dévastée. Les moyens manquent pour rebâtir un théâtre quand la ville elle-même est en partie détruite. Il ne figure pas parmi les priorités.
La réouverture
La reconstruction n’est engagée qu’au début des années 1960. Après une longue période de travaux, la grande salle est inaugurée à nouveau en décembre 1981, avec La Traviata.
Quarante-deux ans se sont écoulés depuis la fermeture de 1939. Deux générations de Bastiais ont grandi devant un théâtre fermé. Une nouvelle campagne de restauration et de surélévation a été engagée depuis, la salle ayant fermé à nouveau en octobre 2023, sur une soirée d’hommage qui s’ouvrait, encore, par La Traviata.
À voir sur place
- Les trois corps de bâtiments
Faites le tour complet. La composition de Scala se lit mieux depuis l’extérieur que depuis la salle, où les remaniements successifs ont brouillé la cohérence d’origine. - Les traces de la reconstruction
La toiture et la partie haute datent des années 1960-1970, le reste du XIXe siècle. Cherchez la ligne où les deux époques se rencontrent. - La place du Théâtre
La bibliothèque municipale la borde. Un îlot culturel s’est constitué ici, à l’écart des circuits touristiques. - Le nom de Guasco sur les plans de 1835
L’un des deux architectes du projet refusé s’appelait Louis Guasco. La place Guasco, dans la citadelle, porte le nom de la même famille.
Situer le lieu
Rue Favalelli, en centre-ville, à proximité de la bibliothèque municipale. À ne pas confondre avec la citadelle, où il ne se trouve pas.
Poursuivre à côté
- Rue César Vezzani, le ténor bastiais.
- Rue Salvatore Viale, tout près, l’écrivain de langue italienne.
- Place Guasco, la famille des architectes de 1835.