Huit mètres de marbre de Carrare au sud de la place. Les Bastiais la croient faite pour eux : elle avait été commandée par une autre ville, pour une autre raison, et resta quarante ans sans destination.
Contexte historique
Une commande de Livourne
L’œuvre naît en Toscane. Elisa Bonaparte, sœur de Napoléon et souveraine dans la région, ouvre un atelier consacré aux statues et bustes de la famille impériale, et en confie la direction au sculpteur florentin Lorenzo Bartolini.
En 1808, la ville de Livourne officialise sa commande : il s’agit de témoigner son adhésion au régime impérial et de célébrer sa domination sur l’Europe. La statue est achevée en 1813.
L’année suivante, l’Italie se soulève contre l’occupation française. Le projet est abandonné. La statue reste dans l’atelier, sans ville et sans socle.
Quarante ans plus tard
En 1849, un an avant sa mort, Bartolini propose son marbre à la ville de Bastia. L’avènement de Napoléon III facilite l’affaire : la statue est vendue en 1852, et les fonds réunis par souscription.
Le 17 août 1853, une commission artistique se réunit sur convocation du maire. L’érection se fait à l’aide de trois bigues achetées pour l’occasion à Livourne, la ville même qui n’avait pas voulu de la statue. Le socle est dessiné par l’architecte communal Sisco, en marbre des carrières de Serragio, et les armoiries de Bastia y sont gravées par les marbriers Bertolucci et Frangi.
Le monument est inauguré le 15 juin 1854, dans l’allégresse populaire. Il est classé monument historique par arrêté du 25 février 2010.
Ce que la statue représente
On dit couramment que Napoléon y figure en empereur romain. C’est vrai en partie : il est auréolé de lauriers, vêtu d’une toge, tenant le sceptre de la main gauche et le rouleau du législateur de la droite, à la manière d’Auguste.
Mais les proportions colossales et la présence de l’aigle désignent autre chose : Jupiter. Ce n’est plus un chef d’État en costume antique, c’est un dieu. La nuance dit tout du programme impérial de 1808.
À voir sur place
- L’aigle et le sceptre
Cherchez l’aigle derrière la figure et le sceptre dans la main gauche. Ce sont les attributs de Jupiter, pas ceux d’un empereur romain. - Le rouleau du législateur
Dans la main droite. Il désigne le Code civil : le pouvoir se présente comme fondateur du droit autant que des armes. - Le socle et ses armoiries
Il n’appartient pas à l’œuvre d’origine. Marbre de Serragio, dessin de l’architecte communal, armes de Bastia gravées : c’est la part bastiaise du monument. - Le bas-relief unique
Deux étaient prévus, un seul fut réalisé. Il montre une allégorie fluviale et une Victoire sur un quadrige, en référence aux franchises du port de Livourne. Un fragment de programme livournais resté à Bastia. - L’orientation
Elle regarde la mer, et l’Italie derrière. Pour une œuvre toscane refusée par la Toscane, le cadrage ne manque pas d’ironie.
Situer le lieu
Au sud de la place Saint-Nicolas, visible et accessible librement.
Poursuivre à côté
- Place Saint-Nicolas, qui l’accueille.
- Rue Napoléon, l’autre hommage impérial de la ville.
- Le Théâtre municipal, dont Sisco dessina aussi un projet.