Face au port de commerce, un écrin néo-gothique qu’on atteint par un escalier. À l’intérieur, un éclat d’obus est fixé au mur. C’est le seul édifice de Bastia qui expose délibérément sa blessure.
Contexte historique
Une paroisse pour la ville neuve
L’édifice est élevé à partir de 1913, dans un style néo-gothique qui tranche avec tout ce que Bastia avait bâti jusque-là. Les églises de la ville ancienne sont baroques ou classiques, de tradition italienne ; celle-ci emprunte son vocabulaire au Moyen Âge français.
Le choix n’est pas anodin. La ville s’étend alors vers le nord, autour du port de commerce creusé au siècle précédent, et il lui faut une paroisse. Elle la dote d’une église dont le style dit l’appartenance française, là où Saint-Jean-Baptiste disait encore Gênes.
Le 4 octobre 1943, huit heures
Ce matin-là, l’aviation américaine bombarde le port de Bastia. Les troupes allemandes ont déjà quitté la ville. Le bombardement frappe une cité que l’ennemi a évacuée, et qui se croyait sauve.
Les pertes civiles approchent le demi-millier de tués et de blessés ; plus de sept cents immeubles sont touchés. Bastia entre dans une longue crise du logement, dont Lupino et Montesoro seront la réponse.
L’église reçoit de nombreux projectiles. Mais la grotte de la Vierge qui dominait le chœur reste intacte au milieu des décombres. Les paroissiens y virent un signe ; l’historien y verra un hasard de trajectoire. Les deux lectures ont cohabité sans se contredire.
Rendue au culte en 1946
La reconstruction est menée vite, contrairement à celle du théâtre, qui attendra trente-huit ans. L’église est rendue au culte le 30 juin 1946, moins de trois ans après le bombardement.
La comparaison est instructive : dans une ville dévastée, on relève d’abord ce qui rassemble tous les jours. Le lieu de culte passe avant le lieu de spectacle.
À voir sur place
- L’éclat d’obus
Fixé au mur, à l’intérieur. Ce n’est pas un oubli mais une décision : la paroisse a choisi de garder la trace des combats plutôt que de l’effacer. Cherchez-le, rien ne le signale. - La grotte de la Vierge
Celle qui dominait le chœur et traversa le bombardement. Elle est la raison d’être du vocable et le cœur de la mémoire du lieu. - Le vocabulaire néo-gothique
Arcs brisés, verticalité, vitraux. Sortez ensuite et allez à Saint-Jean-Baptiste : quatre siècles et deux cultures séparent les deux édifices. - L’escalier d’accès
L’église ne se donne pas de plain-pied. La montée fait partie de l’approche, comme souvent à Bastia. - Les témoins antérieurs à l’édifice
On signale à l’intérieur une peinture du XVIIe siècle. Dans une église de 1913, un tel objet vient forcément d’ailleurs : cherchez ce qui détonne par rapport à l’ensemble.
Situer le lieu
1 rue José Luccioni, face au port de commerce, au nord de la place Saint-Nicolas. Accès par escalier. Ouverte tous les jours.
Poursuivre à côté
- Le Théâtre municipal, frappé le même jour, relevé trente-huit ans plus tard.
- Église Saint-Jean-Baptiste, pour l’écart de style et d’époque.
- Place Saint-Nicolas, toute proche.